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Atelier d’écriture Villepinte 2009

5,4,3,2,1
5,4,3,2,1, ça commence. 5,4,3,2,1, ça a commencé et ce n’est pas terminé.

Parce qu’il y avait à écrire. Et il fallait un peu de temps pour le faire.
Il y eut du temps.
Du temps pour écrire, être ensemble, du temps pour échanger.
Ils étaient dix, parfois quinze, nous étions deux.
Certains écrivaient déjà, beaucoup, ils sont venus écrire encore, écrire davantage, écrire autrement peut-être. D’autres n’écrivaient pas ou peu. Ils sont venus voir, chercher, ils sont venus essayer.
Tous ont écouté. Ils ont écouté les textes qui leur ont été lus - écritures offertes. Ils ont écouté la voix qui transmettait, une voix puisée dans l’écriture, passeuse de désirs. Ils ont écouté cette voix qui laissait aux esprits et aux corps le temps d’être ensemble, une voix qui racontait les histoires créées par d’autres.
Il y eut du temps.
Du temps pour le silence de l’écriture puis du temps pour l’écoute attentive de chacun, l’écoute du texte de l’autre, celui de la table d’à côté, le voisin. Du temps pour les rires, souvent, dans un temps suspendu à d’inattendues rencontres.
Alors, dans ce temps ailleurs, ils ont raconté. Ils ont raconté leur temps à eux. Celui des souvenirs, les infimes – le goût d’un plat ou un jeu d’enfant –, les énormes – celui du moment où « tout bascule ». Ils ont raconté le temps des regrets – dont on ne se défait pas si facilement quand on a des jours devant soi pour les remâcher sans cesse. Le temps des espoirs, ceux à venir, tout de suite, bientôt, ou un peu plus tard, les espoirs qui font tenir parce qu’ils disent ce qui peut advenir, la vie sur laquelle on décide, une fois, d’avoir prise.
Dans ce temps ailleurs, ils ont inventé. Ils ont inventé d’autres vies, d’autres mots, d’autres jours. Ils ont inventé parce que c’est par là que commence toujours écrire, et que là peut-être plus qu’ailleurs, ensemble autour d’une table, attraper des mots pour fabriquer des histoires a un sens, qu’il soit léger, insolent ou fondamental. Parce qu’avec les mots, chaque fois, une fois encore, ça recommence. 5,4,3,2,1, on y va.

Anne Luthaud, auteur – Pascale Poirel, comédienne, Compagnie Issue de secours / juillet 2009

Les textes réunis dans cette brochure sont issus d’ateliers d’écriture menés à la Maison d’arrêt de Villepinte en mai et juin 2009. Ils ont été lus publiquement par leurs auteurs à la bibliothèque de la Maison d’arrêt le 25 juin 2009.

 

Fred

> Loïc

> Fouad

> Harouna

> Kevin


> Adel

> Jean


> Jean-Pierre


> Ismael


> Malik

 

 

 

 

5, 4, 3, 2, 1…à vos marques, prêt, feu… partez !!!


5, 4, 3, 2, 1…à vos marques, prêt, feu… partez !!!
Depuis que le big bang donna le rythme, que de boom et de badaboum dans l’univers et le néant originel ! Que de silence aussi, dans les âmes et les corps… Puis une comète mystique pétarade dans l’espace temps ; l’atmosphère frémit, la terre pousse un grand cri pour naître, entonne un air pour être et l’océan la berce de doux flux, d’explosifs reflux.
Et depuis, il s’en est passé des choses ici-bas ! La naissance, sa naissance, ma naissance.
Nos grands marchent devant,  nos repos, nos élucubrations métaphysiques, comme en ce moment ou, assis en tailleur au pied du Big Ben, j’aimerais bien, tel un scripte millénaire, vous conter l’histoire merveilleuse des cœurs qui battent depuis la nuit des temps.
Malheureusement, il est aujourd’hui trop tard pour disséquer, mais suffisamment tôt pour un bon résumé de progéniture du monde.
Allons donc à l’essentiel existentiel ! Par exemple, la liberté ! Aussi longtemps que je me souvienne, elle nous fuit comme une femme qui veut vous dévorer ou nous effleure dans des lois arbitraires… Alors je préfère en rêver.
Attendez une minute ! Je consulte ma montre, ah ! Grand horloger, même le temps est enfermé sous le verre de ma Rolex. Moi aussi, mes aiguilles allaient trop vite lorsque l’on m’a enfermé. Un petit somme en quelque sorte, pour me recentrer. Et je m’endors, « ô songe d’une nuit d’été !» Je me réveille, je m’éloigne. Un soldat de la relève de la garde se rapproche, j’entends la mesure régulière de ses bottes. Un deux, un deux trois, un deux, un deux trois.
Il parvient à mon niveau et s’écrie : « Packetage, libérable ! 
Là ! Tout de suite ou demain ? » Je lui réponds, comme surpris que même l’enfermement ait une fin. L’officier m’adresse encore une fois la parole, sa pensée peut-être :
Eh monsieur, n’oubliez pas vos livres.
Oh merci ! Merci beaucoup, me suis-je exclamé.
Quelle tête en l’air suis-je donc ! Il y a des œuvres essentielles qu’il ne faudrait pas oublier, quand on embarque sur les flots, n’est-ce pas ?
Et d’ailleurs, mon cher lecteur, je pourrais t’en citer des tas, je me souviens de plein de titres. « Big bang, de révolte et de paix, » mais je ne me souviens plus de tous.
Toutefois je t’offre l’un des calumets du grand voyage, si par hasard demain, tu pars à la quête d’ouvrages émerveillants, de ces fenêtres par lesquelles ton âme s’évade, tu réaliseras que l’un des meilleurs livres est enfanté par tes propres joies, ton esprit qui respire la vie, tes peurs étouffantes, ton passé important que tu peux changer, ta conscience vibrante de l’instant présent, ton élan de guerrier vers l’avenir que tu veux construire, le troubadour de l’amour que ton cœur expire, la poésie enivrante que tout ton être inspire.
FRED

 

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Je ne sais pas pourquoi je ne sais plus, je ne sais plus pourquoi je ne sais pas, mais ce qui est sûr et ce que je sais, c’est que je pense.

Le jour où je suis arrivé en prison, il faisait nuit et il pleuvait. Du fourgon, je pouvais voir les lampes oranges frapper le bâtiment de leur tristesse. Arrivé en prison, ils ont pris tous les renseignements sur moi, pour me rentrer dans leur fichier, comme si j’étais un vulgaire programme que l’on peut rentrer et effacer.  Après avoir fini, ils  m’ont réintégré en cellule.
Whaou !! C’est comme ça une cellule ? 4 murs, un lit qui est plus vieux que mon âge…
Enfin, j’espère qu’en dormant, tout ça ne se reverra pas sur moi, ça serait un cauchemar, haha ! Ah putain ! Je pleure déjà la liberté.
Réveille toi, réveille toi Loïc, tu vas rater le bus pour aller au travail !
Quoi, c’était un cauchemar ? Putain, c’était un cauchemar ? Ça avait l’air si réel haha !
Toc toc toc, POLICE ! MERDE, rien est plus réel que la fiction de cette triste réalité, BOUM !
- Bouge pas ! Bouge pas, j’t’ai dit Roger, c’est bien lui !
- Ouais, c’est lui, on l’embarque.
Rien qu’à voir la putain de gueule de ce policier, je sais que c’est un cauchemar et ça recommence.

LOÏC

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J’ai mangé des pâtes avec des oignons couleur bleu.

Depuis que Mme Hernandez s’était installée dans l’immeuble du 18 rue Zuera qui se trouve sur Paris, tout le quartier avait changé. En effet, il se trouve qu’avant son arrivée dans l’immeuble, le quartier était le déchet de tous les toxicos de Paris. Le 18, oui c’est comme ça qu’on appelait l’immeuble qui servait de squat pour en général abriter tous les indigents, tous les toxicomanes, toutes les prostituées, tous les voyous du coin qui venaient se servir un peu de la misère humaine. Certains venaient pour vendre, d’autres venaient se revendre. Tout cela avant l’arrivée de Mme Hernandez qui apparut en plein été 95 depuis son pays natal : le Portugal.
Au mois d’août, voilà 6 mois que Charles Pasqua avait été élu en temps que ministre de l’intérieur pour toute la délinquance de France. Mais nous au quartier, nous avons Mme Hernandez qui au départ est juste là pour nettoyer un immeuble. Sans le savoir, elle sera là pour faire la concurrence à Charles Pasqua sur ce qui est du nettoyage au karcher, même si à cette époque, l’expression karcher ne se disait pas, ça n’empêche pas de le penser.
Quand on voit le 18 et le quartier où il se trouve, je peux vous dire qu’aujourd’hui il aurait fallu plus qu’un nettoyage au karcher pour que le résultat soit le même.
Il faudrait pas oublier que je parle d’une femme seule contre tout un groupe d’individus avec des attentions malsaines en général. Je vous rappelle aussi qu’au moment ou elle s’installe, le quartier ressemble plus à un ghetto qu’à autre chose.
Je me souviens encore du jour où elle apparaît pour la première fois devant le 18 avec ses bagages. Derrière ce regard de sainte, elle cachait un caractère de guerrière. Fethi et Taïeb vont s’en apercevoir vite car une semaine avant son arrivée, ils avaient cambriolé la loge de l’ancien gardien en y laissant leurs excréments un peu partout. Elle eut le courage d’en prendre dans un sac pour l’emporter au commissariat de la goutte d’or pour faire une prise d’ADN.
Ils n’en croyaient pas leurs yeux, , mais un mois après, Fethi et Taïeb tombaient. Je peux vous dire que même les flics lui donnaient leur respect parce qu’il fallait la voir pour y croire.
Un jour, elle sort ses poubelles sur le trottoir comme toujours depuis deux ans. Au même moment deux filles en profitent pour rentrer dans le 18 qui n’est plus le même niveau hygiène, mais il reste toujours le même va et vient. Elles se retrouvent face à une prostituée et son copain, pour un rien, une bagarre éclate entre les 3 filles. Tout à coup, Mme Hernandez revient avec ses poubelles à la main et voit cela.
Vous n’imaginerez jamais, elle a réussi à les faire sortir de l’immeuble, le soi disant copain et ces trois épaves. Mme Hernandez avait toujours sur elle un extincteur de lacrymogène et son balai dans une main qui ne la quitte jamais. Je peux vous dire que plus d’une personne a pris sa douche grâce à elle et son extincteur, donc vous imaginez un peu le décor, souvent gris comme atmosphère et rouge comme couleur de détresse.
Heureusement que depuis son passage, le 18 et le quartier a retrouvé un peu de calme.
Je vous laisse imaginer la suite.

FOUAD

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Aujourd’hui je suis demain je serai dans 3 jours qu’est ce que j’adviendrai
seul le temps me le dira
mais est-ce que le temps veut encore de moi

Depuis que le temps m’interpelle
J’ai autant de choses à dire qu’à faire de mon temps
Contempler l’art des mots dans le bon sens
Moi qui depuis mon enfance je me suis toujours dit
que limpides seront mes textes et mes plans interpolés dans le blanc de mes feuilles feront face à tout et le tout dans sa contenance.
On s’y perd dans les mots, dans les moments d’émotions, dans la monarchie de ce monde.
On rêve tous du must. Tous font des cauchemars de monstres, mais ils le masquent.
Rares ceux qui montent la pente et rares ceux qui à la descente ont des casques.
La vie, c’est casquer, on va payer tout ce qu’on a fait en bien ou en mal
Nos ancêtres étaient et on est dans ce labyrinthe
où la haine est attirante, elle qui trompe l’amour qui aujourd’hui est mourrant
la peine est récurrente
et on fait tout pour ne pas rentrer dans ce moule, oui mais, on ne pense pas tous pareil.
Il est trop tôt pour paraître
clean dans l’appareil honnête
Les vices nous mordent
Dans les cités, les parents s’font du mourron pour leur fils
Je me souviens que le temps m’avait dit que mortelle est la vie
Bon je sais que parfois j’ai pas les mots tendres
Aurais-je choqué l’avis du public ?
D’où je suis les murs m’entendent
Mûr, je le serai pour répandre mes proses et mon timbre de voix dans vos pensées.
Merci.
•••
C’est l’heure d’oublier tes douleurs
T’es encore en retard pour ton bonheur, rejoins ton âme sœur petit beurre, t’as besoin de douceur.
•••
C’est l’heure de me repérer
Avec le monde, l’art de la prose
Les modes et les guerres et les
Causes de ce fracas
Il est l’heure que la société me propose du taf
Non, à moi mon heure c’est de proposer à la société du taf
J’ai ma pendule pendue au balcon, me rend compte que l’heure ne m’a pas attendu, moi qui suis tout le temps dans le bonheur et le meilleur, en prison l’amour a rendu son âme, les mères seront toujours là ; toujours à l’heure pour nous soulager, aujourd’hui c’est l’heure, et c’est l’âge de s’en rendre compte.

HAROUNA

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Je ne sais pas… Je ne sais plus…
Je ne sais pas quoi penser de cette justice qui enferme les gens pendant des années sans s’étonner de la suite, je ne sais plus à quoi ressemble ma rue…

 

Pendant longtemps, il a cru que la vie n’était rien, il pensait que chaque jour était loin d’être le dernier, que tout était normal, que rien ne se payait. À aucun moment il n’aurait pensé que sa vie pourrait s’arrêter, ou celle de ses proches. Le temps disait-il, on en a, j’en ai et j’en aurai toujours. Jusqu’à ce jour du mois d’août, ses enfants étaient chez des copains, Ilan et Idan se doutaient de rien encore, l’innocence était en eux, comme leur père leur disait, ils ont le temps ces petits. Vanessa sa femme était à la maison, comme tous les jours, elles s’occupait de leur grande maison, très grande, très luxueuse, car le mari de Vanessa, Anis était douanier, il s’occupait ce jour là d’un traffic au trésor public d’une chaîne de magasins chinois à plus de 800 kilomètres de chez lui. Vanessa était de bonne humeur, comme chaque jour que dieu faisait.
Elle avait décidé ce jour là de s’occuper de ses fenêtres , car quelques jours plus tôt, il avait plu à grandes eaux et des traces pas très jolies étaient apparues. C’était avec de la musique classique qu’elle aimait particulièrement que Vanessa décida de commencer sa tâche ménagère. Elle était sur un escabeau de trois marches, quand tout d’un coup, elle se mis à dire des choses étranges, elle mélangeait des mots, des chiffres, des noms, elle était vraiment bizarre, elle perdit la force de ses jambes et tomba. Elle se cogna très fortement la tête au sol et avec un petit peu de chance, elle ne perdit pas connaissance. Quelques minutes après ce scénario pour le moins étonnant, elle essaya de se relever, mais rien, rien ne bougeait, ni la jambe droite, ni la jambe gauche, seulement une partie de son bras droit était encore mobile.

Par réflexe, elle prit le téléphone qui était sur la table basse, avec un effort considérable et réussit à le décrocher de sa base et à appeler son médecin traitant.
Le docteur Zenou était en train de boire son café quand son téléphone mobile se mit à sonner, « Vanessa » était inscrit sur son écran mobile. Le docteur répondit : « Allo, allo, » pas de réponse. De l’autre côté du fil, Vanessa allongée par terre était horrifiée, elle essayait de parler, de crier de toutes ses forces, mais aucun son ne sortait de sa bouche.
C’est après le 2è coup de fil de Vanessa, que le médecin comprit qu’il y avait un problème. Ne pouvant plus parler, Vanessa râpait de toutes ses forces la seule partie de membre qu’elle arrivait à bouger.
Le docteur était presque chez Vanessa quand son téléphone se remit à sonner, mais il n y répondit pas de suite, l’urgence était chez Vanessa, une fille qu’il connaissait depuis presque 10 ans maintenant. Le docteur Zenou, appelé docteur Zen, car c’est un docteur en général qui prend son temps, c’était son secret afin de faire le meilleur diagnostic possible.
Arrivé dans la maison, il eut une vision d’horreur : une mare de sang due à la chute de Vanessa, sa chemise de nuit relevée jusqu’à la poitrine, pratiquement nue par terre, à l’agonie.
Zenou lui glissa quelques paroles restées sans réponse. Il lui disait de bouger, de se relever, mais rien. Zenou avait une petite idée de ce qui arrivait à Vanessa, mais il se dit qu’il était encore trop tôt pour le dire, alors il décida d’appeler le SAMU.
Pendant ce temps, le docteur pris la main de Vanessa, assis par terre à ses côtés. C’est presque dix minutes après, qu’au loin des sirènes se firent entendre, un soulagement pour Vanessa et Zenou. Dans des moments comme ça, le temps est long, vraiment long se dit le docteur, c’est environ une heure après l’arrivée du SAMU que la camionnette blanche ornée d’une grosse étoile bleue, armée d’un gyrophare, poussant un son strident fit une arrivée fracassante sur le parking des urgences de l’hôpital. À son arrivée, Vanessa est prise en charge par plusieurs médecins et hospitalisée, pour le moment pour un accident domestique. Le docteur Zenou, comme prévu en cas d’accident, devait s’occuper des enfants, aller les chercher à l’école.

Étant en plein mois d’août, Ilan et Idan était chez leur copains, Zenou eut l’idée de prévenir Anis, le mari de Vanessa de ce qui s’était passé il y a plus d’une heure maintenant. Quand la nouvelle arriva dans les oreilles d’Anis, le temps s’est arrêté pour lui, il se demanda « qu’ai-je fais au bon dieu pour qu’il m’arrive ça à moi ? » Après que le docteur Zenou eut raccroché,  Anis ne perdit pas une minute pour faire les 800 kilomètres le séparant de sa douce et tendre Vanessa. Pendant ce temps, le docteur arrivait chez les amis de Vanessa, il expliqua brièvement la situation aux enfants. Ni une ni deux, les enfants s’installèrent dans la voiture du docteur. « Vroum ! » La voiture est déjà partie en direction de l’hôpital. Le téléphone du médecin se mit à sonner. C’était l’hôpital, le médecin qui avait pris Vanessa en charge donne les résultats des analyses : diagnostic sans appel, Vanessa a fait un AVC, plutôt grave d’après l’hôpital, les fonctions motrices ainsi que la parole sont fortement touchées. Il n y a rien à faire déclara le médecin de l’hôpital à Zenou.
C’était le silence dans la voiture, les enfants ne comprenaient pas. Zenou repensait à Vanessa, à toutes ces années passées, c’était une femme forte, comment cela pouvait arriver ? Maintenant, à quelques kilomètres de l’hôpital, le silence se faisait toujours entendre dans la voiture, quand : « boum ! » Un bruit assourdissant entendu sur plusieurs centaines de mètres. Un énorme semi-remorque avait perdu le contrôle de son véhicule et avait englouti avec une facilité étonnante la berline du docteur, avec à son bord, les enfants de Vanessa. À l’arrivée des pompiers, la scène était atroce, les corps des deux enfants étaient allongés inanimés dans le fossé, les pompiers commencèrent le massage cardiaque,  les minutes étaient des heures.
« Rien à faire ! » déclara le commandant des sapeurs-pompiers. Les petits corps furent portés dans les ambulances en direction de la morgue de l’hôpital où se trouvait justement Vanessa. Le docteur Zenou avait lui aussi succombé dans le camion des pompiers. Le temps est passé, une flaque d’eau, par terre, dans l’atmosphère glaciale de la morgue, Anis pleurant toutes les larmes de son corps. Allongés  sur trois lits, les corps d’Ilan et Idan, ses « deux bisous » disait-il. Vanessa, elle, allongée aux côtés de sa progéniture avait succombé  aussi. Pendant le moment de l’accident, elle avait rechuté et n’avait pas résisté à sa seconde attaque cérébrale.
Anis, mouillé de larmes, assis par terre à côté de sa famille, se demandait :« qu’ai-je fais de mon temps ? » Le temps j’en ai pas, j’en ai plus, ma vie, mon temps vient de s’arrêter. Le temps n’a pas de valeur, car s’il en avait, j’aurais payé des milliards d’euros pour une minute, encore une minute, pour dire à ma famille à quel point je les aimais et que quand viendra le temps, je les rejoindrai.

KEVIN

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Je ne sais pas… Je ne sais plus…
Je ne sais pas quoi penser de cette justice qui enferme les gens pendant des années sans s’étonner de la suite, je ne sais plus à quoi ressemble ma rue…

 

Depuis que je t’ai rencontré, il y a trop de choses qui ont changé, grâce à toi, j’ai pu ouvrir les yeux, car avant je marchais les yeux fermés et sans ton aide ainsi que ton amour sincère, je n‘aurais jamais avancé.
Aujourd’hui, j’ai comme projet de t’épouser avant l’année 2010, comme je t’ai juré l’année 2010 sera pour nous la plus belle année, car il y aura l’arrivée de notre enfant et de tout le bonheur qui va avec…
Bébé ?! Ne t’en fais pas, ma fin de peine approche et bientôt on sera réuni pour la vie. Ces deux ans n’ont fait que nous attacher encore plus qu’avant, désormais plus rien ne pourra nous séparer, ni les gens, ni la mort car je resterai à jamais gravé dans ton cœur.
Je t’aime à la folie des douceurs.
Au mois d’août je ferai une demande de permission de sortir et on passera un week-end rien que toi et moi, on aura toute la nuit pour parler de nos rêves et de nos projets, j’attends le jour de ma sortie comme j’attends ce jour où tu porteras mon nom.
Je me souviens de ton odeur si sucrée, des calins et des bisous que tu faisais glisser sur ma peau, chaque jour, je repense à nos bons moments, mais le seul qu’il faudrait pas oublier c’est que j’étais heureux dans tes bras et si par hasard il m’arrivait quelque chose de mal, je serai toujours gravé dans ton cœur.

•••

Le bleu  est ma couleur
préférée, quand tout est
noir je lève mes yeux
au ciel pour oublier certaines
choses qui me hantent, la couleur
bleu m’évade ainsi que les
odeurs des plats me font envie
car je repense beaucoup aux
plats de ma mère, l’odeur de
friture et des plats traditionnels.
L’envie des bricks de ma mère est là depuis
2 ans, j’ai dû en faire une tonne mais
pas une seule ne ressemble à celle de Maman.

ADEL

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Je ne sais pas, je ne sais plus aujourd’hui que faire.
Je ne sais plus quoi faire de bon, je suis perdu même avec le temps de demain,
je sais pas, je ne sais plus.



Le jour où Shootin’dogz est sorti de 10 ans de prison, il était pressé de rattraper les 3650 jours qu’il venait de passer derrière les barreaux, il voulait se refaire vite, reprendre le grade de général qu’il avait dans la rue avant de se faire arrêter, ce 15 janvier 1999 en pleine transaction d’une tonne de cocaïne avec des Vénézuéliens à Fort de France et qu’il avait été transféré en métropole, car c’est comme ça qu’on appelle la France dans les Dom-Tom. Il était là, posé à l’arrêt de bus, il attendait le bus mais il ne savait pas où il allait.. Son co-détenu Tony lui avait donné l’adresse d’une copine, Mathilda, une femme qui accueille les détenus en fin de peine car elle aussi avait connu la détention. C’est ce qu’avait dit Tony à Shootin’ dogz. Il avait un peu honte de devoir dormir chez cette fille qu’il ne connaissait pas. Le bus arriva, il monta, s’installa au fond et dès le démarrage, il entendit une voix qui lui dit : « C’est fini ! » Car dix ans de placard se trouvait dans son dos, comme la prison qui était un point lointain dans l’horizon.

Sur le trajet, il pensait positif et négatif, il pensait à ceux qui ne l’avaient jamais laissé tomber et ceux, comme ses amis, ses soi disant potes, qui au bout de 1 mois, 1 an, 3 ans l’avaient laissé crever. Il ne pensait plus volontairement à son ex-copine qui au bout de trois mois et une seule lettre l’avait lâchement quitté, alors que Shootin’ dogz l’avait sortie du crack et de la rue et en avait fait une femme respectée et respectable. Il devait ne plus penser à elle, car quand il y pensait, il pleurait et durant ces dix ans, il avait du se cacher pour chialer, car ce colosse de 2 mètres 10 et 110 kilos avait retenu ce proverbe qui disait « Les oiseaux se cachent pour mourir et les hommes se cachent pour souffrir. »

Il était à un arrêt de chez Mathilda et soudain, il fut surpris par ce sentiment qui l’envahissait, il stressait, se posait des tas de questions, que dire, que faire. Il descendit du bus sans sac car les anciens lui avaient dit : « La tradition dit quand tu sors, tu laisses tout à tes collègues, il y a tout dehors. » Il avait juste dans ses poches 1000 euros, son pécule libérable, les économies d’un taulard après 10 ans de taule, il était là, posté devant le 33 Bd du général Leclerc. Il sortit le papier de sa poche, il était écrit 3ème étage appartement 10, ce 10 c’était le 10 de la liberté. Il sourit et respira profondément avant d’entamer la montée de l’escalier. Après 2 minutes chrono d’escalade, il était face à la porte, il hésita puis frappa deux coups secs, il entendit un lointain « J’arrive ! » d’une voix féminine qui lui fit penser, cela fait 10 ans qu’il n’avait pas parlé avec une femme autre que assistante sociale, infirmière, psy ou surveillante. Il n’eut pas le temps de s’imaginer comment était Mathilda que la porte s’ouvrit. Il découvrit cette fille dont lui parlait quelquefois Tony, métisse portugaise guinéenne,  au visage fin et à la couleur caramel,  elle lui dit : « Rentre dans le salon, je finis dans la cuisine et j’arrive. » L’odeur d’un plat épicé vint caresser les narines de Shootin’ dogz. Il rentra dans ce salon décoré à l’africaine, s’assit et fut repris par l’émotion, « Qu’est ce qu’elle est belle ! » se dit-il au fond de lui, il appréhendait, allait-il être au niveau de la discussion, était-il toujours capable de s’exprimer face à une femme, allait-il trouver le sujet de conversation qui allait le détendre, lui qui avait ce sentiment de dix ans de retard ancrés en lui. Il était partagé entre sortir faire un tour, histoire de se sentir libre de ses mouvements, et rester chez Mathilda, manger un bon plat, boire un punch, fumer un joint et se laisser aller.

Mais soudain, il se souvient de son pote Momo qui lui disait que souvent les prisonniers qui sortent font un tas de promesses :  « Je vais t’envoyer une carte, un mandat, une recharge pour ton portable, une adresse pour une permission, » mais une fois dehors, ils oublient toutes les promesses faites, les cigarettes, les feuilles, les briquets, les gâteaux, les choses illégales que t’as fait rentrer pour eux au parloir. Les plus malins ne reviennent jamais, mais les moins chanceux reviennent et quand ils sont aux arrivants en chien, sans tabac sans rien et qu’ils ont le toupet de te demander si tu peux les dépanner, ils ont droit à un « non ! » sec et direct, plus un regard qui leur fait comprendre que quand ils étaient dehors, ils étaient bien, ils nous ont oublié, mais ici en taule on n’oublie rien.

Shootin’ dogz cria « ha merde ! » Il venait de se rappeler que Tony lui avait dit de passer un message à une fille qui était au parloir cet après-midi et qui devait lui ramener « un douze de shit », car Tony sans son shit, c’est comme une cellule sans barreau, c’est impossible. Il était onze heures, ça faisait 4 heures qu’il était libre, il se leva, pris la direction de la cuisine, il avait encore honte, il devait demander à une inconnue si il pouvait passer un coup de fil, lui qui demandait jamais rien à personne, enfin bref, il entra dans la cuisine, Mathilda était de dos face à la gazinière, une radio jouait du Marvin Gaye. « Excuse moi ! » dit-il d’une voix timide, ce qui fit sursauter Mathilda :

- Hou ! Tu m’as fait peur !
- Excuse moi, répéta Shootin’ dogz, est-ce que je peux passer un coup de fil, je te paye pour ça, dit-il un billet à la main.

À peine dehors, il avait repris ses habitudes de général, tout se paye, il revint à la réalité quand Mathilda lui dit :
- Garde ton argent, tu m’as pris pour qui ? Un service à Tony, ça se vend pas, ça se rend, point barre. 
Elle éclata de rire car elle reconnu la maladresse de certains détenus qui oublient que dehors, un service peut être gratuit, car dedans tout se paye, tout se troc, tout se négocie.
- Le téléphone  est là, lui dit Mathilda.
Il appela et la chance voulut qu’il eut le temps de passer le message à la copine avant qu’elle parte. À peine raccroché, Mathilda lui dit :
- Tu peux appeler une autre personne si tu veux, j’ai le forfait millénium,  en lui tendant un verre de whisky avec deux glaçons. Tiens ! ça va te détendre.
- Merci dit Shootin’ dogz
- Au fait, comment tu t’appelles ? dit-elle

Une fois la table dressée, Mathilda posa sa marmitte.

- Tu sais Tony c’est un mec bien, mais la prison commence à le manger, il a déjà fait dix ans et il lui en reste quinze si il a les remises de peine, sinon c’est encore dix.
Il me parlait souvent de toi, il me disait que t’es comme sa sœur pour lui et que même si t’es super attirante, toi et lui c’est l’amitié à la vie à la mort, Mathilda tu lui diras merci dix milles fois et que je pense à elle très fort.
- Merci ! Re dit Mathilda avec une larme qui perlait sur sa joue, tu sais Tony je l’aime mais il n’a jamais voulu coucher avec moi, il me disait toujours « Tu sais, je suis pas un mec pour toi. »
- Tony, dit Shootin’dogz c’est un mec carré, y a rien qui dépasse, droit comme un i, excuse-moi mais ça me gêne de te voir pleurer, au fait, quelle heure est-il ?
- Il est minuit.
- Quoi Déjà ! Le temps passe trop vite dehors !

JEAN

 

 



5, 4, 3, 2, 1, c’est la seule façon de rétrograder sans casser la boîte.

Pendant longtemps, j’attends mon jugement qui ne vient pas.
Je l’ai attendu et cela, d’être en prison, devient très désagréable pour moi.
Mais je garde espoir pour sortir de cette galère.

•••

Il est trop tôt
pour voir ma copine car elle dort encore. Alors je vais attendre encore un peu qu’elle ouvre les volets pour que je puisse lui faire signe que je suis déjà là. Et enfin je vais pouvoir boire un bon café chaud, sans attendre plus longtemps.

•••

Je n’ai pas le temps de faire quelque chose, même pas mon lit, cela est dur pour moi,
du reste, je le ferai après.

•••

Si par hasard demain je t’appelle pour venir manger,
il faudrait que tu sois prête sans me faire attendre comme la dernière fois, salut !

•••

Je me souviens d’avoir aimé avec une peur qui reste
amour emprisonnant
peut-être dans un cœur trop fermé par moi-même…

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Tu te souviens de quelque chose ?
Non je ne me souviens de rien désolé, je me souviens de rien, mais vraiment rien.
Rien.
Rien.
Désolé.

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JEAN-PIERRE


 




5, 4, 3, 2, 1 action ça tourne
Toc toc toc Police ouvrez ouvrez Madame. Merde ma vie est un putain de film gâché depuis l’instant où on a frappé à ma porte
J’aimerais changer de scénario et repartir à zéro. Coupez.

Depuis que je suis en prison, rien ne se passe comme prévu, tout tourne mal, dès que je fais quelque chose, ça ne marche pas, tout ce que je demande m’est refusé ou sinon mes demandes n’aboutissent pas.
Soudain, toutes mes demandes aboutissent, ma demande de permission de sortie, le sport, on m’a appelé pour un atelier écriture, un spectacle de marionnettes, un atelier d’informatique etc. Je suis content de ces changements, même si il n y a pas tout qui va pour le mieux.
Pas le temps de se brosser les dents, manger, s’habiller, se faire beau, prendre son ptit déj, déjeuner, mettre ses chaussettes, se parfumer, réfléchir attentivement,  nager.
Faudrait pas oublier tout ce que tu as enduré dans ta vie, les hauts et les bas, les amours que tu as connu, tout ce qu’on t’as appris à l’école, ça serait bête d’oublier tout ça… Les vacances en famille étant petit, la maternelle, l’école primaire puis le collège, malheureusement je n’ai pas été plus loin.
Je me souviens de tout comme si c’était hier, on peut tout vous retirer, mais pas vos souvenirs, c’est quelque chose d’inestimable. J’ai encore, malgré mes nuits courtes et mon manque de sommeil, pas mal de souvenirs : quand j’avais un grand cartable avec une grosse cagoule, des baskets à scratch, la game boy, des images, de nombreux souvenirs sont enfouis au fond de ma tête et cela à vie.
Il se souvient aussi de tout le bien que j’ai fait pour lui, je l’aimais bien cet homme, je l’ai hébergé pas mal de temps, je le nourrissais, lui ai donné des vêtements, dépanné de l’argent, trouver un travail, alors que même moi je n’en avais pas ! Et finalement, je n’ai plus de nouvelles de lui, quelle bonne reconnaissance !!!

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Si par hasard je gagnai à l’euro millions, hélas, je ne peux vous dire ce que je ferai, car la liste est si longue et cela me prendrait beaucoup de feuilles et malheureusement, il ne me reste plus de feuilles.

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7 mars 2002, je m’en rappelle comme si c’était hier, c’était il y a 7 ans, mais c’était tout récent dans ma tête, c’était une sale période grise pour moi car il pleuvait tout le temps, il n y avait jamais de soleil, il faisait tous les jours gris, je n’ai jamais vu un temps aussi gris.

ISMAEL






Ce jour-là où le temps avait suspendu son vol, et la terre sa rotation, jamais le soleil ne leur avait paru aussi grand.



Pendant longtemps, j’ai cru le dompter, qui ? Le temps bien sûr. Cela me fut impossible, alors je l’ai apprivoisé. Désormais, il fait son chemin et moi le mien. Il prend son temps et moi le mien. Il file et moi derrière je défile. Si seulement il pouvait suspendre son vol. Soudain, ses heures le trahissent. Elles deviennent peu à peu des alliées, puis des complices. Elles se font moins lentes, plus douces et m’accordent leurs faveurs. Les choses se dévoilent, l’esprit se colore, le monde petit à petit se métamorphose pour laisser transparaître sa grandeur. À présent, elles partagent mes jours et mes nuits. Elles allègent ces lourdeurs pour me faire redresser, ensemble nous atteignons des moments d’extase qui nous font saisir l’instant. Seulement l’instant, ni passé, ni futur.

Si par hasard demain vous venait l’idée de les emprisonner, surtout ne vous y trompez pas. Elles transpercent les murs comme d’autres les cœurs et sont comme l’air, parfois changeant.

Aussi, tôt ou tard, elles reviennent à leurs premiers amours, leurs premières heures devrais-je dire, auprès de leur maître, celui du temps.

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Le noir ne peut exister sans le blanc comme la nuit sans le jour car la vie est ainsi ; de même pour les odeurs de printemps, les saisons qui défilent, l’une prenant la place de l’autre. Les odeurs aussi se suivent, si seulement elles pouvaient prendre la mienne, juste le temps d’aller taper un sushi.

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Je t’ai assez attendu depuis ce jour où la destinée a bifurqué. Désormais je connais mieux les hommes et ne désire plus les fréquenter. Je ne suis plus l’espérance du bonheur de ta vie.

MALIK

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